Deux dossiers de permis déposés le même jour sur la même commune ne demandent pas le même travail. Sur un terrain nu, tout est à dessiner et rien n'est à mesurer : le projet est la seule réalité du dossier. Dès qu'un bâtiment existe, la moitié des pièces graphiques décrit quelque chose que vous n'avez pas conçu — et que l'instructeur peut comparer au réel.
C'est là que se jouent la plupart des allers-retours sur les dossiers d'extension, de surélévation ou de réhabilitation. Pas sur le projet : sur l'existant.
Le « plan d'état des lieux » n'est pas une pièce du dossier
Première chose à savoir, parce qu'elle explique le reste : le code de l'urbanisme n'énumère aucune pièce appelée « plan d'état des lieux » ou « plan de l'existant ». Vous ne la trouverez ni dans le bordereau du Cerfa, ni dans la liste que la mairie vous remettra.
L'existant n'est pas une pièce. Il est réparti dans trois pièces graphiques, chacune sous une exigence différente. On ne le fournit donc pas en bloc : on l'intègre. Et cette différence a une conséquence pratique lourde, sur laquelle on revient plus bas — un dossier peut passer l'examen de complétude sans problème, et se faire rattraper bien plus tard parce que l'existant y était faux.
Où l'existant doit apparaître, pièce par pièce
| Pièce | Ce que le texte exige sur l'existant | Référence |
|---|---|---|
| Plan de masse (PCMI2) | Coté dans les trois dimensions. Fait apparaître les travaux extérieurs, les plantations maintenues, supprimées ou créées, et les constructions existantes dont le maintien est prévu | R.431-9 |
| Plan en coupe (PCMI3) | Précise l'implantation par rapport au profil du terrain. Si les travaux modifient ce profil, fait apparaître l'état initial et l'état futur | R.431-10 b |
| Plan des façades et des toitures (PCMI5) | Si le projet modifie les façades ou les toitures d'un bâtiment existant, fait apparaître l'état initial et l'état futur | R.431-10 a |
| Insertion graphique (PCMI6) et photos (PCMI7, PCMI8) | Situent le projet dans son environnement bâti. L'existant y apparaît en situation, pas en cotes — mais il y apparaît quand même | R.431-10 c, d |

Deux mentions « état initial et état futur » dans le même article, à quelques lignes d'intervalle. Ce n'est pas une formule de style. Elle signifie que l'instructeur dispose de deux dessins à superposer — et que si le premier est faux, le second l'est mécaniquement aussi, puisqu'il en dérive.
Notez aussi la formulation du plan de masse : « coté dans les trois dimensions ». Pas coté en plan. La hauteur du bâti existant fait partie du dossier au même titre que son emprise, ce qui suppose de l'avoir mesurée et pas estimée depuis le trottoir. C'est le point que traite en détail notre article sur le plan de masse pour un permis de construire.
Ce que l'instructeur compare réellement
Un service instructeur ne vérifie pas votre relevé — il n'en a pas les moyens et ce n'est pas son rôle. Il fait autre chose, qui suffit largement à faire tomber un dossier bâclé : il croise vos pièces entre elles, et il les croise avec ce qu'il peut observer.
- Les pièces entre elles. La hauteur de faîtage existante lue sur la coupe doit correspondre à celle du plan des façades, et l'emprise du bâti sur le plan de masse à celle des plans de niveaux.
- Le dossier et le Cerfa. La surface de plancher existante déclarée dans le formulaire doit se retrouver dans les plans. C'est un point de contrôle immédiat et sans appel — voir notre guide du Cerfa de permis de construire.
- Le dossier et le terrain. Vos propres photos PCMI7 et PCMI8, le cadastre, les vues aériennes, le Géoportail, et parfois une visite. Une façade dessinée à l'état initial qui ne ressemble pas à la photo que vous avez vous-même jointe, cela se voit en trois secondes.
L'erreur classique n'est pas l'approximation de quelques centimètres : c'est l'incohérence entre deux pièces. Elle trahit un dossier assemblé à partir de sources différentes — un vieux plan de permis pour la façade, un relevé partiel pour les niveaux, une estimation pour les hauteurs.
Pièce manquante et pièce fausse : deux régimes très différents

C'est l'asymétrie qu'il faut avoir en tête avant de décider comment produire son état existant.
Une pièce manquante est un incident encadré et réparable. Si le dossier est incomplet, la mairie doit vous notifier la liste des pièces manquantes dans le délai d'un mois à compter du dépôt (article R.423-38 du code de l'urbanisme), et cette liste doit être exhaustive. Vous disposez ensuite de trois mois pour les fournir ; à défaut, la demande fait l'objet d'une décision tacite de rejet (article R.423-39). C'est désagréable, cela décale le calendrier, mais tout le monde sait où il en est.
Un état existant faux n'est pas un dossier incomplet. Les pièces sont là, le bordereau est complet, la complétude est acquise. Rien ne se déclenche. L'écart apparaît plus tard : à l'instruction si quelque chose accroche, ou après les travaux, quand la conformité est examinée. À compter de la réception en mairie de la déclaration attestant l'achèvement, l'autorité compétente dispose de trois mois pour contester la conformité des travaux au permis délivré — cinq mois lorsqu'un récolement est obligatoire (article R.462-6).
Autrement dit : l'oubli se répare en trois mois avant le chantier, l'erreur se découvre après. Ce sont deux ordres de grandeur de conséquence qui n'ont rien à voir.
Quand un relevé devient nécessaire pour monter le dossier

Aucun texte n'impose de relevé. Le code impose un résultat — des pièces cotées, cohérentes, distinguant l'état initial de l'état futur — et vous laisse libre du moyen. Reste que sur certains bâtiments, le moyen s'impose de lui-même.
- Aucun plan d'origine, ou des plans antérieurs à des travaux non redessinés.
- Un projet qui vient se raccorder à l'existant : extension, surélévation, percement, reprise de charpente. Le raccord est l'endroit précis où une cote fausse devient visible.
- Plusieurs niveaux à recaler entre eux, ou une géométrie qui n'est pas orthogonale.
- Un changement de destination, où les surfaces déclarées engagent au-delà du seul permis.
Sur une maison individuelle simple et d'un seul niveau, un relevé manuel soigné au télémètre suffit généralement à produire des pièces défendables. Au-delà, le calcul change : c'est exactement ce que détaille notre article sur les situations où un relevé de bâtiment existant devient indispensable. Et lorsque le bâtiment est grand, ancien ou complexe, le relevé architectural par scan 3D produit en une intervention un nuage de points dont on extrait des plans cotés cohérents entre eux — ce qui règle d'un coup le problème de l'incohérence entre pièces, puisqu'elles proviennent toutes de la même source.
À réunir avant de faire dessiner les pièces
- Tout ce qui existe déjà en graphique : permis antérieurs, plans de vente, DOE, plans de copropriété. Même faux, ils servent de point de départ et révèlent les modifications successives.
- Le périmètre réellement concerné : quels niveaux, quelles façades, l'extérieur seul ou l'intérieur aussi. Un état existant complet n'est pas toujours nécessaire ; un état existant incohérent l'est toujours trop.
- Les hauteurs : faîtage, gouttière, niveaux de seuil. C'est la donnée la plus souvent estimée, et celle que le plan de masse coté en trois dimensions et la coupe exigent tous les deux.
- Les photos avant travaux, prises depuis les points de vue que vous joindrez en PCMI7 et PCMI8. Elles serviront à contrôler votre propre état initial avant que l'instructeur ne le fasse.
- Le règlement de zone du PLU, qui détermine ce qui doit être coté et par rapport à quoi.
Questions fréquentes
Dois-je fournir un état existant si je ne touche pas aux façades ?
L'obligation d'un état initial sur le plan des façades et des toitures ne se déclenche que si le projet modifie effectivement les façades ou les toitures. En revanche, le plan de masse doit faire apparaître les constructions existantes dont le maintien est prévu, coté dans les trois dimensions, quel que soit le projet. L'existant n'est donc jamais totalement hors sujet.
Un relevé que j'ai réalisé moi-même est-il accepté ?
Oui : le code n'exige aucune qualification pour produire l'état existant, seulement des pièces conformes. La question n'est pas l'acceptation du relevé, elle est sa justesse — parce que personne ne vous demandera de le prouver au dépôt, et que tout le monde s'en apercevra après.
Que se passe-t-il si l'erreur est découverte après les travaux ?
La mairie dispose de trois mois après réception de la déclaration d'achèvement pour contester la conformité des travaux, cinq mois si un récolement est obligatoire. Un écart entre l'état initial déposé et le bâtiment réel fragilise cette conformité, alors même que le permis avait été délivré sans réserve.
L'état existant est-il aussi exigé en déclaration préalable ?
Le principe est le même, avec un dossier allégé : dès que les travaux modifient l'aspect extérieur d'une construction existante, les pièces graphiques doivent permettre de comparer l'avant et l'après. Le niveau de détail attendu est moindre, l'exigence de cohérence identique.
Un dossier à monter sur un bâtiment existant ?
Décrivez le bâtiment, la nature des travaux et l'échéance de dépôt : je vous réponds sous 24 h avec le périmètre de relevé nécessaire et les pièces qui en découlent. Chiffrer mon relevé pour un dossier de permis.



